Cette section interview est pour moi l’occasion de vous présenter des collaborateurs intégrés au sein de mes projets passés, présents et futurs. L’occasion de rappeler pour ceux qui découvrent ce site, que l’ensemble des projets réalisés ici sont le fruit de collaborations passionnées.

Cette première interview est consacrée à Matt Guetta, ami de longue date et proche collaborateur sur de nombreux projets. Nous avons travaillé ensemble sur des projets aussi riches que diversifiés, tels que la Joaillerie de luxe pour les parties webdesign et animation, et le domaine médical pour de la modélisation pure de produits. Dans ce qui suit, Matt Guetta est présenté à travers un focus métier et retour d’expérience comme graphiste 3D. Initialement formé au webdesign et nourri à la culture publicitaire, il nous dévoile comment il en est venu à la création d’images photoréalistes.

 

1. Matt Guetta, qu’est-ce qui t’a amené à créer des images en 3D ?

A vrai dire, je ne saurais vraiment l’expliquer… Au début je voulais créer des personnages, essayer de faire des films d’animation etc… j’étais également fasciné par les images d’architecture de l’époque. Par rapport à aujourd’hui, le résultat était loin d’être réaliste mais déjà, la qualité de l’éclairage (Global Illumination) me laissait perplexe, je ne comprenais pas comment ils faisaient. C’est lors d’un stage dans une agence web, GGWebside, que l’on m’a demandé de faire du réalisme, du coup je m’y suis mis et j’y suis encore.

2. Comment aborde t-on un environnement virtuel, tant sous un aspect technique, qu’artistique ?

Techniquement, il faut savoir lire un plan. Première étape, la modélisation du projet, qui n’est pas la plus prenante artistiquement parlant. Ensuite, vient l’étape laissant la part belle à l’expression. Comprendre et analyser ce que veut transmettre l’architecte, sous quel aspect, quelle ambiance il veut exposer son projet. C’est à ce moment que je pose un premier jet de caméras et un éclairage préliminaire. Cette étape me conduit à définir des valeurs de plans et des ambiances de lighting. Une fois les plans et ambiances validés, je finalise la modélisation pour (enfin) entrer dans mon sujet de prédilection : la création de texture/shader, et le lighting. Après les rendus, je passe à la post-production.

Artistiquement, le rendu d’architecture s’apparente malheureusement bien trop souvent à de l’exécution (il est triste d’ailleurs de constater que beaucoup de rendus se ressemblent…). En ce qui me concerne, et tant que possible, j’aborde mon travail par une autre approche. Pour expliquer mon métier, je le compare souvent au travail de l’artiste Joseph Kosuth. La définition étant les plans de l’architecte, et moi le photographe. Tout notre art se résume en définitive à interpréter un cahier des charges et d’en faire la photo la plus proche et représentative du projet avant une éventuelle construction. Cela revient à extraire une image mentale pour en faire une image graphique. J’aime à penser que c’est dans l’interprétation et la compréhension du projet que le graphiste apporte sa créativité. Cela ramène à ne pas déconsidérer l’importance de la complicité de l’architecte avec le ou les graphiste(s) 3D.

 

3. D’un point de vue commercial, quel impact aura une image 3D pour son commanditaire ? Apporte-t-elle une véritable valeur ajoutée à un projet ?

Lire et interpréter des plans d’architecte évidemment n’est pas donné à tous, moi le premier! Dans un souci de confort et de compréhension, le client à qui l’on présente une image de grande qualité au rendu réaliste et fidèle au cahier des charges, appréhendera beaucoup plus aisément le projet. L’architecte pourra également s’aider de celle-ci, afin d’appuyer son argumentaire et exposé.

Pour la seconde question, tout dépend de l’image réalisée… Cela prend un certain temps pour produire de belles images, le temps d’y réfléchir, d’avoir une lecture complète et détaillée du projet, ensuite de tester, concevoir, exécuter etc… Ce processus ne se fait pas à la va vite si l’on veut d’excellents résultats! Dans le respect de ces étapes clés pour un travail bien réalisé, c’est une véritable valeur ajoutée pour l’ensemble des acteurs de la chaîne. Quand les architectes abordent la 3d par le biais d’applications telles que Sketchup, ils sont face à des boites blanches, quand ils font appel à un graphiste 3d, ils retrouvent leur imagerie mentale avec plusieurs ambiances, mettant ainsi en avant les points forts du projet. C’est dans ce sens, que le graphiste 3D va permettre de mettre en exergue la valeur que renferme le projet, en dévoilant tout son potentiel. Dans la pratique, il n’est pas rare aussi qu’après avoir vu les images, les architectes reconsidèrent et reviennent sur certains points.

4. Tes images témoignent d’un intérêt évident pour l’architecture et le design intérieur. D’où te vient cette affinité  ?

Au début, de nulle part ! Au départ, je me voyais plus réaliser des films pour une agence de publicité. Et puis l’aspect technique de la modélisation m’a beaucoup intéressé, j’ai donc commencé à travailler des intérieurs d’habitations, pour enfin pousser ma première porte dans l’architecture… Avec le temps, j’ai remarqué que la démarche créative d’un architecte était très proche de celle d’un graphiste. Bien que notre vocation première n’est pas la même, notre recherche de résultat se ressemble beaucoup. Le discours d’un graphiste qui justifie un choix de couleur sera pratiquement le même que celui d’un architecte. Dans un autre domaine, je réponds aussi à des commandes de visualisation produits pour des enseignes commerciales.

5. Dans l’univers de la photo, on peut facilement distinguer un cliché de Doisneau d’un de Jean Louis Sief. De la même manière y-a-t-il une patte d’artiste dans la 3D ?

Comme évoqué précédemment, le temps alloué à la réalisation va jouer pour beaucoup dans le résultat. Bien qu’il y ait surement beaucoup de points communs sur la manière de concevoir une image, chaque artiste à sa propre technique (outils, astuces, vision…) Cela est encore plus vrai chez les « grands du rendu d’archi », on les reconnait tout de suite. Je crois que cela se retrouve dans tous les domaines artistiques. Ceux qui aiment le jazz reconnaîtront toujours Miles Davis dès la première note !

6. Peut-on alors (déjà) distinguer le style Matt Guetta ?

Ce n’est peut-être pas à moi qu’il faut poser la question. Ce que je peux dire de moi, c’est que je suis de ceux qui remettent en question leur travail et leur technique de façon permanente… Actuellement, je travaille au sein d’une agence où seulement une minorité de projets bénéficie justement d’assez d’espace temps pour produire d’excellentes images. Comme évoqué précédemment, le temps accordé à la réalisation est un facteur primordial en 3d, si l’on veut un bon résultat. Pour répondre à la question de mon style, je ne pense pas vraiment faire déjà (sourire) partie de cette élite, celle qu’on identifie d’un coup d’oeil, mais voici quelques pistes de maîtres à explorer :

7. Le projet  B1 est à mon sens très représentatif de ton travail. Quelle est la force de ces images et peux-tu nous en apprendre un peu plus ?

Chose assez « drôle » sur ce projet, c’est que chaque série (cuisine, salon et piscine) à été faite avec plus de 6 mois d’écart ! Le brief initial était de faire des choses simples et efficaces. Il y a très peu de matières différentes dans le projet, il fallait alors le montrer simplement. Je suis donc parti sur l’idée d’un focus (gros plan) dans le projet permettant ainsi de rentrer dans le détail au fur et à mesure que les images se dévoilent. Pour le salon, il fallait que je mette en avant la bibliothèque, d’ou l’ambiance chaud/froid. Si j’avais eu le choix, j’aurais fait des images de nuit mais les architectes n’ont pas retenu cette piste à l’époque. J’ai donc conservé le principe du focus comme point fort pour soutenir les rendus. Coup de théâtre, quelques 6 mois plus tard, il fallait visualiser la piscine. Les architectes ont finalement apprécié l’idée « image de nuit » mais cette fois on y est allé sans détour.

En résumé, ce projet a été repensé à chacune des interventions, évidemment j’aurais pu rester dans l’esprit des premières images tout au long du projet mais au vu du laps de temps écoulé entre chacune des images produites, j’ai pu apporter quelques évolutions. Avec le recul, j’aurais surtout aimé faire toute la maison d’une traite et développer un style unique et cohérent sur l’ensemble de la production. Ce projet m’aura toutefois permis de m’exprimer pleinement sur l’ensemble des images, en prenant le temps de la lecture du projet en amont.

 

8. Tu as créé et développé ton blog (www.mattguetta.com), véritable référence dans le milieu de la 3D, comment l’expliques-tu ?

Par définition, un blog sert à s’exprimer. C’est donc l’occasion pour moi de me concentrer sur une passion/coeur de métier. Ce blog me permet d’exposer les questions que je me pose face à mon métier sous des formes aussi diverses que variées mais pour l’essentiel orientées vers la technique. Mine de rien, grâce aux retours des lecteurs dans leurs commentaires, j’ai appris un tas de choses. Cela m’aura aussi permis de nouer des échanges avec des étudiants en image, professionnels de studios de renon, et de façon générale de discuter et échanger avec beaucoup de monde. Certains des lecteurs sont même devenus des amis!

Pour ce succès d’audience, je l’explique par deux choses. La première c’est qu’il y a un contenu de formation gratuit qui explique simplement les choses. Et deuxièmement, je suis quasiment le seul à le faire, surtout en Français ! Mais au vu des statistiques du site et de l’utilisation plus qu’intensive que les lecteurs font du widget de traduction Google, je peux effectivement affirmer que le monde entier vient lire mes aventures techniques. J’en profite pour remercier mes lecteurs de me suivre dans mes aventures.

9. As-tu des projets pour l’avenir ?

Je poursuis un objectif me tenant fortement à coeur, monter et conduire une équipe de travail, un studio de 3D. Avec cette autonomie et cohésion d’équipe, il sera alors possible par des choix graphiques et techniques affirmés de produire de très beaux résultats. Être en harmonie avec les personnes avec lesquelles je travaille est aussi pour moi un facteur déterminant. Travailler pour des architectes m’a permis de comprendre qu’un studio de sous-traitance n’était pas LA solution. Il faut travailler en direct avec les architectes et voir le projet naître pour le comprendre, pour être en mesure de l’exprimer. J’attends donc le jour où je pourrai par exemple monter un studio 3d au sein d’une agence d’architectes dans laquelle je me reconnaîtrai. En attendant cette opportunité, je vais me montrer patient en continuant ma route vers de nouveaux projets.

 

10. Une de tes dernières réalisations « Taliesin Mod.Fab », c’est un projet personnel ?

Pour commencer, ce projet a une histoire. N’étant jamais rassasié de projets exaltants, je me suis mis à regarder du coté des projets de grands architectes afin de m’exprimer librement sur un sujet. Au début je voulais m’attaquer à un projet de Mies Van der Rohe (sûrement la fameuse Farnsworth House) mais le sujet était du vu et revu. J’ai cherché du coté de Frank Lloyd Wright dans Google Images et j’ai découvert le Taliesin Mod.Fab. A ce moment là, je n’avais pas encore réalisé l’ampleur qu’était ce projet. Je l’ai adoré au premier coup d’oeil. C’est comme ça que j’ai cherché des images de références et que je me suis mis au travail…

Quelques semaines plus tard le projet étant sur le point d’être terminé, me prend alors l’envie soudaine d’envoyer un mail à un des architectes du projet, dans le but de lui présenter mon travail sur le Talisein Mod.Fab. Surprise ! Il me répond qu’il était chef de projet sur cette réalisation, et me propose que nous nous appelions pour en discuter. Il m’a ensuite expliqué par téléphone, le concept et les contraintes du projet. C’est à ce moment que j’ai compris que j’avais à faire à un architecte en chef de renom, Michael P Jhonson (lien : http://www.mpjstudio.com/) . Ce sont les étudiants de la Fondation Frank Lloyd Wright – Taliesin West – qui ont réalisé cette commande, le projet a reçu des Awards dans le monde entier et n’a sûrement pas fini de faire parler de lui au vu de son caractère d’exception. Cette petite maison est un modèle d’écologie et d’intégration environnementale, le tout avec un design contemporain aux coûts de fabrication calibrés.

Interview de Matt Guetta réalisée par Aderal - tous droits réservés

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